jeudi 19 février 2015

Lucien Gautrait, ou Leopold Gautrait , ou Lucien Gautheret, même homme?..... Qui est ce ciseleur-graveur?




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Cette signature se trouve  sur nombre de bijoux, elle est présentée comme étant celle d'un bijou de Lucien Gautrait ou de Leopold Gautrait.
En réalité c'est la signature d'un modeleur ciseleur qui travaillait pour l' entreprise de fabrication de bijoux de Léon Gariod à Paris, mais son vrai nom était Leopold -Albert Marin, Gautrais avec un S et non un T.
Pourquoi cette recherche?
Une amie Isabelle Barthes, sachant que j aime ce qui fut fabriqué par Lucien Gaillard, me prévient d'une vente d'une broche de lui, je l'ajoute sur mon blog.


Mais juste  avant la vente, la maison Sotheby's previent que .....


Une erreur, ce n'était pas de Lucien Gaillard, mais de Lucien Gautrait, je me mis donc en quête de ce Gautrait que mon inculture ne m'avait pas permis de situer à l'énoncé de son nom.

Bizarrement de nombreux livres expliquent qu'on ne sait rien de lui et certains affirment qu'on n'est pas sûr du tout, de l orthographe de son nom, ni d'où il vient!
Certains affirment, d'autres doutent, la plupart indiquent 1865-1937, j'ai donc commencé par me rendre aux archives numérisées de l état civil de Paris, j'ai fait les 20 arrondissements 1864-1865-1866, pas une naissance d'un Gautrait.
J'ai compulsé les ouvrages sur les expositions Universelles, il y en avait à peu près tous les ans, rien !!! Les journaux de l époque...ne connaissent pas, les salons....Ah, enfin  un premier signe.


Un article de la revue Littéraire du Maine sur un Gautrait qui a exposé au salon des Champs Elysées.


J'ai lu plusieurs fois ces trois prénoms, il ne reste plus qu'a vérifier si la Sarthe a numérisé ses états civils, ouf! c'est le cas


Clovis Gautrais (cela s'écrit avec un S) et Modeste marie Madeleine Loyer ont eu un enfant, Leopold-Albert Marin Gautrais, fils de Tisserand et futur bijoutier né a Roullée dans la Sarthe le seize octobre 1865.

Pourquoi un "S"  alors que tous l'écrivent avec un "T" en agrandissant son acte de naissance, on peut voir que son père écrit son nom différemment de ce qui est noté sur l acte de naissance, puisqu'il signe "Gautret"
Il ne faut pas s'étonner de le voir cité aussi avec l orthographe "Gautheret".
Je cherchais sur le net ,et un site avec lequel j'ai déjà eu des échanges notait:


Oui, mais la marque montre bien que la dernière lettre n'est pas un T.
Mais depuis l écriture de cet article, j'ai trouvé d'autres éléments




En 1859 un certain M Tonnelier s'était associé avec Mr Gaucher pour monter un atelier à Paris. D'après Vever, Gaucher resta seul à la tête de l'affaire et c'est en 1875  que Gaucher s'associe avec Leon Gariod "et le laissa chef unique dès 1884"


En 1875 le Journal Officiel publie les formations de nouvelles sociétés, Gaucher s'associe avec Léon Gariod.
Toujours d'après Vever : Gariod se spécialisa dans la fabrication de bracelets souples, chaînes d'or mat rehaussées de pierres; ces bijoux simples et riches à la fois, d'une excellente exécution, avaient un grand succès. Depuis, Gariod s'est fait remarquer par ses  jolies broches, ses pendants de cou d'inspiration moderne ou classique.

En effet en 1894 Leopold Gautrais(t) qui avait étudié aux Beaux Arts sous la direction de Mr Rouffosse, présente au salon de la société des artistes français, un vase en cire "Les Quatre Saisons" qui sera moulé en 1895 et qui est actuellement conservé au musée des arts décoratifs à Paris (Cf note de Mme Evelyne Possémé conservatrice ) il est à cette époque domicilié au 105 rue des dames à Paris.


Plus tard il habitera au 49 rue Rivay à Levallois perret (immeuble ci-dessous)


C'est d'ailleurs la Ville et l immeuble ou il est décédé en 1937.

Il rentre chez Leon Gariod comme ciseleur Modeleur, et dans son livre tome 3, Vever cite que Gariod fabrique de beaux bijoux: "mais toujours d'une réelle recherche et d'une distinction parfaite, que modèle et cisèle avec infiniment de talent M. Gautrait, son fidèle collaborateur."

Ce sont des bijoux Art Nouveau  avec des Motifs de Paon inspiré de Gustave Beaugrand sans atteindre son talent


Une des broches Paon de Gustave Beaugrand

Gautrait contribuera à produire des hirondelles, des têtes féminines, des fleurs émaillées, des broches Orchidées en émail opaque.


Evelyne Possémé conservatrice des Arts décoratifs considère que ce bijou est le plus connu de Gautrait et Gariod. Il aurait été réalisé en 1900 et acheté par le Victoria & Albert Muséum en 1901 qui le décrit ainsi:
Pendentif en or sous la forme d'un paon mâle affichage, décoré avec plique-à-jour émail et sertie de diamants Rose et brillant, d'opales et d'émeraudes. Avec une goutte d'opale. Signé avec les initiales du fabricant.
L historique du bijou est signalée ainsi par le V&A:Acheté par le Musée au Salon de la Société des Artistes Français, Paris, 1901. Les autres versions de ce bijou sont connues pour exister.

Ce qui est étonnant c'est qu'un aussi grand Musée écrive, Lucien au lieu de Léopold.


Une grande maison de vente a vu ce bijou repasser entre ses mains, et elle note au catalogue:(excusez ma traduction) :conçu comme deux cygnes stylisés opposés, leurs cous formant des boucles pendantes, pendentif art nouveau plique à jour, par Lucien Gautrait, revendues par BOUCHERON.
Encadrant un panneau plique-à-jour représentant le soleil couchant sur ​​un lac suspension une goutte perle unique, suspendu avec une chaîne fantaisie après 1890, les marques françaises pour l'or, 64.4cm de long, écrin de Boucheron
Signé L Gautrait



Archives de la maison Boucheron

La Maison Boucheron avait été surprise de voir la légende de Christie's et Claudine Sablier l historienne de la maison, m'a précisé:
Cette pièce figure dans mes livres de stock sous le numéro : n° 11 476 – fabrication en 1899 – il s'agit d'un pendentif de cou orné de 2 cygnes sur fond d'émail, avec 2 perles , 1 perle poire de 22 grs 4 – 1 diamant 0,03 carats  a été vendu en mars 1899 – repris en mars 1901 et revendu en mai 1901 mais sans les 3 perles -  le collaborateur de Boucheron qui a fait cette pièce était Gariod –
C'est Christie's qui a annoncé que le modèle avait été dessiné par Gautrait. Moi je n'ai pas ce nom dans mes livres.

Mais aussi très souvent, Gautrait est cité comme ayant fabriqué pour Vever, par exemple:


Madame Cailles et Mr Salit dans leur livre "le prix des bijoux" nous expliquent bien que ce bijou est de Vever en 1895 (Gautrait n'a travaillé chez Gariod qu'a partir de 1897) et qu'il s'est adjoint fréquemment la collaboration de Gautrait comme graveur, mais ce n'est pas Gautrait qui a fabriqué les bijoux pour Vever , mais Gariod.


Voici ce bijou de nos jours

Pour ce qui est de "Gautheret" plusieurs le nomment ainsi, par exemple ce site
Sur un autre bijou de vente chez Sotheby's on peut lire:
OR 18 CARATS ET PLIQUE-À-JOUR ÉMAIL PENDENTIF COLLIER, L. GAUTRAIT, POUR VEVER, PARIS, VERS 1900 Conçu comme un oiseau pourchassé dans un paysage boisé, au rez-de bleu pâle et vert plique-à-jour l'émail, les arbres accentués avec émeraudes cabochon, 'un diamant lune ancienne mine, ancrée par un diamant et  perle en pendentif  , suspendu à une chaîne en or décorée avec un lien de feuillages sertie d'un cabochon émeraude signé L. Gautrait et Vever, Paris, la marque de fabricant pour Leon GARIOD, 


Bijou indiqué par Vever comme étant de Gariod 
Il convient donc de se poser la question! que veut dire cette définition que j ai souligné en rouge?
Celui qui a fabriqué le bijou, qui en a été responsable légalement du point de vue de la qualité, qui est donc défini comme fabricant est Léon Gariod. 
Ce bijoutier, "Leon Gariod" a un employé raveur,ciseleur,modeleur,certainement de grand talent à qui il va permettre de valoriser le bijou en apposant une marque qui est en réalité un poinçon, certainement en acier qui permet de frapper ce sigle "L Gautrait" .
Cela provient d'un accord entre le fabricant et son employé, pour souligner l' importance du travail de son employé, mais c'est bien Lèon Gariod qui facturera le bijou à Vever joaillier de la rue de la Paix.
 Vever apposera aussi une signature sous forme de gravure sur le Bijou. nous nous trouvons devant un cas classique comme Van Cleef & Arpels et tant d'autres qui faisaient fabriquer leurs bijoux par des artisans de grande valeur.
Ce qui est regrettable dans ce procédé , c'est quand les grandes marques n'associent pas les artisans et leur talent à leur nom, et de nos jours, rien n'empêcherait (par exemple) notre Président François Hollande de se faire passer comme grand joaillier sans avoir jamais touché une lime.
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En revanche cette broche est indiquée par la maison Sotheby's comme étant de Léon Gariod et apparemment aucune marque de Gautrait.
Alors qui avait les idées de conception et de dessin? Gariod ou Gautrait?
Et cela repose la question, pourquoi Gariod a t il laissé son collaborateur mettre une marque sur certains bijoux?



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Pendentif en or jaune, formé d'un motif végétal en émail plique à jour agrémenté d'une fleur émaillée rose, une perle en pampille, la bélière sertie de petits diamants taillés en rose (un diamant manquant et très petits manques à l'émail. Signé au dos et numéroté. Poids brut : 12,9 g - Haut. : 4,8cm.




Ce bijou est décrit par la maison de vente comme étant de "Lucien Gautrait"
La chaîne avec maillons en or avec un péridot, un péridot taille coussin, diamant taille rose et vert pâle insecte en émail, avec diamant taille rose pour les yeux, diamant taille rose et péridot ailes, avec un péridot et diamant en forme de poire , monture en or 18 carats, vers 1900, 20
Signé L. Gautrait Lucien Gautrait



Bijou de Gariod-Gautrait


Gautrait vendu par Christie's



En revanche cette pièce est notée Léopold Gautrait



Chez Sotheby's cette pièce est notée Lucien Gautrait


Cette broche qui était en vente sur "jewels du jour" et qui ressemble beaucoup a celle du début de cet article est notée Lucien Gautrait, le prénom est faux, mais pas de poinçon de Gautrait visible , est ce une reproduction récente d'apres les moules donnés par Gautrait?



Ce bijou a été vendu comme étant en plaqué or émaillé, de Gautrait avec un diamant?????




Ce bijou a été vendu par la maison Tajan comme étant de "Lucien GAUTRAIT",il indique sur catalogue:
Rare plaque de cou chardons, elle est de forme rectangulaire légèrement cintrée.
Au centre un décor de chardons finement repercé, de grandes fleurs et feuillages. Les fleurs sont émaillées gris à mauve en résille. Les feuillages sont émaillés en camaïeu de vert.
Elle est enrichie de diamants taille brillant (TA) incolores et de couleur champagne en sertissure et d'un fin entourage de diamants taillés en rose sur la bordure.
Monture en or jaune.
Travail français signé L. GAUTRAIT, portant son poinçon de maître et numéroté.Poids brut : 43,7 gr. (peut être portée en broche) Lucien GAUTRAIT (1865-1937) trouve sa meilleure expression à l'époque Art Nouveau dans le sillage de Lalique. Modeleur et ciseleur il exécute des modèles naturalistes finement ciselés et émaillés, pleins de charme.
Mais il n'a pas de poinçon de maitre à cette époque, et il ne s'appelle pas Lucien


Sur son catalogue, la maison Tajan a noté ce qu'ils appellent son poinçon de Maître, ceci n'est pas un poinçon de Maître, mais une signature.
D'après Evelyne Possémé,  a partir des années 1905, Gautrait change de style , mais est ce Gautrait, ou Gariod qui change de style ?

En 1905, commence le déclin de l'Art nouveau, ce fut un mouvement artistique qui est apparu en 1890, réaction contre la reproduction sclérosante des grands styles. En peu de temps, ce "mouvement" va faire le tour du monde.
En France ceux qui n aimaient pas l'appelait le style nouille, voir les merveilleuses bouches de métro de H. Guimard, mais grâce a lui, l'art descendait dans la rue, mais il déclencha aussi une réaction de la part des conservateurs et ce mouvement ne dura pas très longtemps.
Pendant dix ans on évolue vers plus de géométrie, survient la guerre qui nous amènera une très belle période l'art déco de 1910 à 1940.
Gautrait-Gariod vont ils évoluer vers des formes plus géométriques?



La gazette drouot écrit LEOPOLD GAUTRAIT
Collier draperie en or et perles orné d'un motif ovale émaillé à décor de cornes d'abondance encadrant un saphir taille marquise - Vers 1905 - Poids brut: 10,5

Eh bien non , Gautrait Gariod , curieusement nous sortent un mélange tel ce collier, une construction en collier d'"Esclave" des petits noeuds Louis XVI, beau travail de ciselure, mais décalé dans le temps.


Personnellement je pense que Françoise Cailles dans son livre "le prix des bijoux" se trompe, ce n'est pas du Gautrait de 1890, mais d'après 1905, c'est de son nouveau style, inspiré de louis XVI, guirlandes de roses, des bustes, des bouquets, des petites roses.




New Style, mais c'est un peu comme si Jean Vendome en 1970 avait décidé de revenir au style de bijoux des années 50



Site langantiques.com Les fameuses petites roses




Dessins de Drais tirés du livre de Ducrollay , le livre est au Musée Victoria & Albert, et ces dessins ont 125 ans publiés 3 ans avant la mort de louis XVI.




En revanche ce pendentif est postérieur à 1905 et serait de Gautrait, Christie's explique: "Lucien Gautrait" était l'un des joailliers les plus notables de la période Art Nouveau, bien connu pour ses motifs de paon et bien émaillage. Il a commencé sa carrière en travaillant pour Léon GARIOD comme un modeleur et ciseleur vers 1900". Mais ce n'est pas de l art nouveau.

Il est tellement notable comme dit Christie's, que pas un journal ne parle de lui.
Evelyne Possémé dont j'admire les grandes connaissances écrit dans le Dictionnaire international du bijou:

"que certaines pièces art nouveau de Gautrait avec diamants ne portent que la signature de Gautrait  qui après 1820 et jusqu'en 1930 continua a travailler  pour une clientèle particulière en réalisant des pièces de joaillerie ou des plaquettes commémoratives en métal"
Mais sous quel poinçon? avait il un poinçon de Maître le responsabilisant vis a vis de nos service de la garantie ou faisait-il fabriquer par un autre joaillier que Gariod? J'espere avoir une réponse des services de la Douane.

C'est un mystère, les maisons de ventes aux enchères et les marchands n'ont pas creusé l'historique de Gautrait et se sont recopiés les uns les autres.
Personne ne signale les poinçons.
Certains bijoux sont ils des originaux ou des reproductions, c'est une impression qui se dégageait de mes recherches avant que Carine Miller (antiquaire en bijoux de la rue Saint Honoré) n'attire mon attention, et de plus, selon les indications fournies par madame Possémé dont je cite le texte scrupuleusement:

"Il semble que Leopold Gautrait ait vendu la plus grande partie de ses moules Art Nouveau a un bijoutier allemand de Pforzheim vers 1905-1910, certains modèles auraient été réédités dans les années 1970"

Alors? prudence car quelles étaient les raisons d'acheter les moules, certainement pas pour les regarder rangés dans un placard, et puis les rééditions!!!!!http://www.lefigaro.fr/culture/encheres/2012/11/29/03016-20121129ARTFIG00368-dali-signer-n-est-pas-jouer.php

S'il n'y avait que Dali!

Donc il convient de bien vérifier les poinçons, verifier qu'il n'y a pas surmoulage ou poinçonnage récent de la garantie française. 

Et puis ce jour 19-02-2015, j échangeais sur sa mort a Levallois Perret  avec Isabelle Barthes, et elle me répond, j habite a Levallois Perret . Elle a proposé d 'aller de suite à la mairie et elle m'a adressé la copie de son acte de décès.

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J'ai tort-raison ou raison-tort (néologisme personnel) Il est mort sous le nom GAUTRAIT, il a failli mourir Gantrait, son père  sur l acte de naissance avait signé Gautret avec un E, mais l'état civil  de sa naissance avait noté Gautrais avec un S,  sur l'acte de naissance il est né le Seize octobre 1865 et sur l acte de décès le Seize Novembre 1865.Un petit mystère.
La plus grosse erreur c'est Lucien, il n'y a jamais eu de Lucien Gautrait, c'est bien Leopold Albert Marin.

J'ai cherché à nouveau à savoir comment il était passé de Gautrais à Gautrait, j'ai donc avec les tables décennales, verifié si Leopold Gautrait n'aurait pas eu d'enfants, j'en ai trouvé deux


Une fille Hélène Louise



Un autre fille  Germaine Leopoldine Gautrait

Et voila qui explique sa signature inscrite sur les bijoux qui m avait laissé penser que c'était un S




C'est donc bien un "T". Une signature doit singulariser la personne c'est-à-dire ôter tout risque de confusion avec une autre personne,  même à la signature similaire, et la spécificité de sa signature est un trait qui démarre au travers du T en se dirigeant vers le bas a gauche.
Le poinçon de marque dont il se servait est bien la copie de sa signature manuscrite.

Reste une réflexion: les vendeurs d'occasion, et surtout les maisons de ventes publiques vont ils rectifier?

Merci à Evelyne Possémé, conservateur en chef au musée des arts décoratifs.

Merci à Leonore van der Waals,
A isabelle Souppe
A Carine Miller
A Isabelle Barthes
A Claudine Sablier

Mes mails comme d habitude adressés aux grandes maisons de vente ont du être piratés car je n'ai pas reçu de réponses j'ai pourtant confirmé par téléphone......

Des compléments? des remarques constructives, vous pouvez m'écrire : richard.jeanjacques@gmail.com



jeudi 12 février 2015

Les Diamants gravés de Boucheron et quelques autres

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Collier "point d interrogation" avec fleurs diamant, de Frédéric Boucheron, vers 1890. L'homme qui nous a offert cette oeuvre de délicatesse s'est intéressé aux diamants gravés.
Car pour ces diamants gravés il y a en quelque sorte, un avant et un après Boucheron. Homme de grande curiosité, Frédéric Boucheron s'était passionné pour le travail de Bordinckx qui travaillait sur le moyen de graver des diamants.
Les diamants gravés sont rares, mais ils constituent plutot des joyaux étranges et curieux d'effet que réellement beaux.(Escar)


Vous connaissez certainement ce portrait,
 mais celui-ci, je l ai photographié moi-même

En 1865  dans "la gazette des beaux arts"il était écrit " le diamant, qui entame tous les autres corps, ne peut être entamé que par le diamant. Les anciens ne l'ont jamais gravé, n'ayant pas même connu l'art de le tailler et de le polir. Cet art ne fut inventé qu'à la fin du xve siècle par un Brugeois, Louis de Berquen. Le premier diamant qui ait été gravé, l'a été vers 1564, par Clément Birague, Milanais, qui vivait à la cour de Philippe II. Le graveur y a représenté le portrait du malheureux infant don Carlos. « Les grands artistes, dit Millin, ne doivent pas perdre leur temps à traiter une substance aussi dure, qui n'ajoute à leur ouvrage d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue, et à laquelle ils font perdre de son prix en en diminuant le volume. »


Le portrait de Frédéric Boucheron in situ

C'est très prudemment que j'écris cette histoire des diamants gravés, certaines sources sont fiables, d'autres paraissent incertaines bien que recopiées à de nombreux exemplaires, puisqu'on constate que des livres différents ont recopié les même erreurs.


Un diamant  a été trouvé dans les mines de Golconde dans ce qui est maintenant l'Andhra Pradesh, en Inde centrale, probablement en 1450. En 1591, Shah Nizam a ordonné la gravure sur l'une des facettes du diamant: "Burhān Nizam Shāh deuxième année 1000."


Cette même année, le dirigeant moghol Akbar de la grande Inde du Nord, occupe Ahmadnagar et s'empare du diamant. Un certain nombre d'années plus tard, le petit-fils d'Akbar, Shah Jahan, monta sur le trône et ordonna qu'une autre inscription soit gravée sur le diamant: 

"Shah Jahan, Le fils de Shah Jehangir Année 1051.". 
Le fils de Shah, Jahan Aurangzeb fixe le diamant sur son trône et l'entoure de rubis et d'émeraudes. Après sa visite à la cour d'Aurangzeb, le célèbre joaillier français Tavernier a écrit: "Sur le côté du trône qui est opposée à la cour il y a à voir un bijou constitué d'un diamant de poids d'environ 80 à 90 carats, de rubis et d'émeraudes autour , et lorsque le roi est assis il voit son joyau ". Le diamant Shah a été conservé à Delhi jusqu'en 1738.




En 1738, le Shah de Nadir attaqué l'Inde, saisit le diamant, et le ramène en Perse. Le diamant est resté en Perse pendant près d'un siècle, jusqu'à ce que, en 1826, la troisième inscription soit gravée sur la troisième facette:


 "La règle de la Qajar Fath'Ali Shah Sultān Année 1242."

Ce n'est pas un diamant de belle couleur, il est de teinte jaunâtre due à un peu d'oxyde de fer à la surface. A l'origine il devait peser 95 carats. Après un polissage son poids est de 88,7 carats. L important ce sont les inscriptions gravées qui permettent de le dater.

En 1829, le diplomate et écrivain russe Alexandre Griboyedov a été assassiné dans la capitale de la Perse, Téhéran. Le gouvernement russe a exigé une punition sévère des responsables. Ayant pris peur la cour de Fath 'Ali Shah a envoyé le petit-fils du Shah Khusro Mirza à Saint-Pétersbourg,pour offrir le diamant "Shah" au tsar de Russie Nicolas Ier. Il faisait partie des joyaux de la Couronne russe  jusqu'à la Révolution russe et le renversement de la dynastie des Romanov, le 2 Mars 1917. Il est exposé actuellement au Kremlin.

La gravure des diamants remonterait aux environs de l an 1500, un certain Ambrogio Foppa dit le Caradosso, ou Ambrogio Caradossi, aurait peut être gravé un diamant qu'il aurait offert au Pape Jules II, mais sa trace a été perdue 


D'après ce texte, repris par d'autres, vers le milieu du XIV eme,  Clemente Birago vivant à la cour du Roi d'Espagne  Philippe II éxécute le portrait de l'Infant Don Carlos sur un diamant qui fut offert pour les fiançailles de Anne la fille de Maximilien II.
Birago était le neveu de Giacomo da Trezzo, grand artiste lapidaire. 
G d'Adda, dans la gazette des Beaux Arts  en 1867 nous explique que ce qui "revient de droit à Giacomo da Trezzo, c'est l invention de nouveaux outils, tourets, et moulinets plus perfectionnés".
Les divers témoignages attribuent  à Giacomo di Trezzo un écusson d'armoiries gravé sur une intaille en diamant, mais était ce du diamant? peut être une erreur de gemmologie? un exemple!


Mariette  (décédé en 1881) dans son ouvrage nous explique que Da Trezzo aurait gravé  aussi les portraits réunis de Philippe II d'Espagne et de Donia Carlos et qu'il se trouve au cabinet des médailles à Paris sous le N° 2489.
Je me suis rendu sur le site de la Bibliothèque nationale , aux médailles et antiques et l'ai trouvé.


L intaille est décrite comme étant de la topaze blanche, était ce bien du diamant dont parlait nos témoins de l'époque?

De nombreuses description font état de gravures sur diamants, l un des meilleurs résumés ci dessous dans l' Encyclopédie Historique des Beaux Arts plastiques.


La gravure du diamant même, au moyen de sa poudre, paraît aussi remonter à l'antiquité : Laurent Mugalottus parle, dans ses Epistolœ (xvii° siècle) , d'un diamant trouvé à Gonstantine en Numidie , qui aurait été orné d'une figure gravée . Gareoni cite cependant comme réinventeur de cette gravure Ambrozio Foppa dit le Caradosso, à qui Faustin Gorsi, dans son traité des pierres anciennes , attribue la gravure des têtes des Pères de l'Église, sur le bouton de chape du pape Jules II (1503-1513), diamant disparu durant le sac de Rome en 1527; ce travail aurait été payé à l'artiste 22,500 francs. L'historien milanais Morigia, du seizième siècle, attribue cette invention à son contemporain Jacopo da Trezzo (bourg à sept lieues de Milan) qui, selon lui, aurait gravé pour Charles-Quint (1519-4556) des armoiries sur un diamant. On sait du reste que ce Jacopo, accompagné de ses élèves Bisaga de Milan et Ambrosio Minerone de Crémone, est allé à Madrid graver des diamants pour Philippe II, et qu'il existe encore dans cette ville une rue qui porte son nom : la calle de Jacomo. 

George Bofler de Nuremberg, mort en 1630, est aussi mentionné par Doppelmayr pour la gravure sur diamant des armoiries de Philippe II, exécutées à la commande de ce roi. Le Lombard Clemens Birago fit revivre au dix-septième siècle l'art de là gravure du diamant, tombé dans l'oubli, et c'est à lui que l'on attribue la tête de Numa Pompilius voilée, d'une bague appartenant à M. Ghirlanda-Silva de Milan, bijou qui a été exposé au Champ de Mars en 1867(expo universelle). Cette seule gravure ancienne sur diamant parvenue jusqu'à nous me paraît avoir été exécutée au moyen de la meule. M. de Vries, attaché à la taillerie de M. Coster à Amsterdam (qui possède une autre taillerie à Paris), est le premier rénovateur actuel de cette gravure qu'il exécute, non pas avec la meule, mais plutôt en ciselure à la pointe du diamant. On a pu admirer son premier essai, la tête de l'empereur Napoléon III, gravée en creux sur un diamant monté en épingle, à la taillerie modèle que M. Coster avait fait construire dans les annexes de l'Exposition universelle de 1867. La gravure et la ciselure du diamant dans les temps modernes avaient été pré- cédées de la taille de cette pierre, dont l'invention est attribuée à tort à Louis de Berghem de Bruges, puisque l'on trouve dans l'inventaire du duc d'Anjou.

Boucheron Place Vendome Paris Au vu
 des drapeaux, ce serait le 14 juillet 1919


Qu'en dit le célèbre Babelon ? Babelon est l'auteur de travaux tels que le Recueil général des monnaies grecques de l'Asie Mineure ou le Traité des monnaies grecques et romaines, dont la chronologie est devenue obsolète avec les découvertes archéologiques ultérieures comme celle de Morgantina en Sicile pour la datation du denier . Il est titulaire de la chaire de numismatique antique et médiévale du Collège de France à partir de 1902 et est élu à l'académie des inscriptions et belles lettres en 1897.
Depuis la découverte de la taille du diamant par Louis de Berquen, de Bruges, en 1476, quelques artistes modernes se sont essayés à graver des portraits sur pierres précieuses. Ambrogio Caradossa grava, en 1500, un diamant qu'il offrit au pape Jules II; Clemente Birago, qui vivait à la cour de Philippe II, au milieu du XVI° siècle, intailla sur diamant le portrait de l'infant don Carlos 5. Vers le même temps, Jacopo da Trezzo, puis, au XVIII siècle, Carlo Costanzi et Natter et à l'époque contemporaine, des diamantaires d'Amsterdam, ont aussi gravé quelques diamants ou corindons. Mais, ce sont là des cas exceptionnels, des curiosités, ou, si l'on nous permet cette expression, de véritables tours de force, dont les auteurs, si habiles qu'ils se soient montrés, ne sont récompensés ni par le résultat atteint ni par l'appréciation du public les difficultés du travail sont de nature à compromettre le talent artistique du graveur; les feux de la gemme nuisent à l'effet de son œuvre la gemme enfin, étant diminuée de volume, perd sans compensation une partie de sa valeur vénale.





Un autre diamant gravé est parvenu jusqu'à nous, souvenez vous plus haut, Shah Jahan avait fait graver en  1051 la deuxième inscription sur le Diamant brut "Shah", ce collier , bijou Moghol impérial porte un diamant gravé entouré de Rubis, et serti dans du Jade. Le tour de cou  est fait de perles et de spinelles dont l un porte le nom de Jahângïr avec une date 1609.



Agrandissement du motif gravé qui peut être lu comme "Shah Jahan, Empereur, guerrier de la foi" . La photo n'est pas bonne , j'avais gardé l archive de l' exposition sur le diamant au musée d histoire naturelle de Paris en 2001.
Ce collier se trouve dans une collection privée que je ne connais pas, il ne m'était pas possible de demander une photo plus nette.



Voici un diamant gravé dont on a gardé la trace. Le Taj Mahal, un pendentif en jade au dos émaillé et serti de pierres rouges et de diamants, encadrant un diamant plus important en forme de cœur gravé d’une inscription en arabe, daté 1037 (1627-1628) du calendrier arabe, et tenu par un collier en or, jade et rubis à l’imitation d’une cordelette (en effet à origine c'était, à la manière Hindoue, une cordelette qui tenait le coeur), il aurait été dessiné par l’actrice Elisabeth Taylor et Cartier,il a été payé 8,81 millions de dollars sur une estimation de 300.000/500.000. Ce pendentif avait été offert à Elizabeth Taylor par Richard Burton en 1972



L'Empereur moghol Shah Jahan (1592-1666) offrit ce diamant en forme de cœurà son épouse préférée, Mumtaz-i-Mahal. C'est en son honneur qu'il fit construire le majestueux Taj Mahal. Richard Burton, captivé par l'histoire et le mythe entourant ce bijou, l’offrit à Elizabeth Taylor pour ses 40 ans.
Quelques ouvrages ont traité du sujet , celui ci date de 1777
J'ai trouvé ce fameux Charles Bordinckx,qui va venir travailler 
à Paris pour Frédéric Boucheron, dans un annuaire d'Anvers.



En 1842, il apparait dans un document du Grand Orient de France
 comme habitant à Paris.

En 1855, le catalogue Legrand, ouvrage très intéressant, un peu le 
Who's Who de l époque apparaît un dénommé Rouvenat qui aurait créé une
robe en diamant, j'ai lu qu'il avait ecrit sur des diamants gravés par
lui, mais je n'ai trouvé aucune preuve.
                          


Pour l'exposition Universelle de 1867 à Paris on retrouve 
Bordinckx, pour des  diamants gravés et des diamants Briolettes
perforés.

Plusieurs ouvrages au 17 eme et 18 eme siècle donnent des explications sur un certain Claude Briagues. Allacci, Morigia, Gorles et Pietrasancta, se copiant les uns les autres, parlent de Jacopo da Trezzo comme de l'inventeur de cet art nouveau. "Kirkmann accepte sans réserve cette opinion dans son livre de Anulis, et s'exprime ainsi « Soli adamanti ob indomitam ut credebatur duritiem parcitum sed
hic « quomodo vitiaretur nostra ætate reperisse llfediolanensem 
quemdam Jacobum « Trecciam qui Philippi Hispaniarum regis gentilicia 
insignia adamanti summa arte « insculpsit. » Mariette et Zani font
pourtant leurs réserves. Ce dernier tout en épuisant pour le Trezzo 
son exagération élogieuse, puisqu'il l'appelle tout bonnement un mons
tre de science et de talent, reporte pourtant avec Mariette à Clemente
Birago l'honneur de cette découverte. M. Charles Blanc, dans sa 
Grammaire des Arts dudessin, se range aussi parmi les partisans du 
Birago. Notons ici, par parenthèse, que Bermudez et Frédéric Quillet 
(les Arts italiens en Espagne) l'appellent Virago, et que plusieurs 
auteurs français anciens et modernes en ont estropié le nom jusqu'à 
en faire Claude de Briague, erreur partagée dernièrement aussi par 
M. A. Chirac (Exposition illustrée, p. 4, p. 63). Article de G. D'Adda
dans la Gazette des beaux arts en 1867