samedi 28 mars 2009

La MINAUDIERE de Van Cleef & Arpels Joailliers à Paris

Note de l'auteur: ATTENTION cet article comportait des erreurs dues à l'histoire faussement racontée dans les livres et sites internets, j'ai rectifié les erreurs puis piqué au vif par les remarques des lecteurs, j'en ai fait un livre sorti début décembre 2010 En vente sur internet




Une minaudière, d'après notre Larousse, c'est quelqu'un qui a l'habitude de minauder, c'est à dire ...prendre des manières affectées ,pour paraitre plus agréable!

Mais c'est aussi un accessoire en bijouterie!

Il faut remonter dans l'histoire de la maison Van Cleef et Arpels pour comprendre cet objet.

Alfred Van Cleef est le fils de Salomon Van Cleef et (non Charles comme le raconte l'une des histoires officielles) 
marchand de draps qui était né à Gand en Belgique, voyageur de commerce, commerçant de même que son père  (et non artisan lapidaire d'Amsterdam) Il était venu s'installer à Lyon (et non Paris) lorsqu'il était jeune. Il est décédé à Nice en 1883.
 Alfred est né en 1873, il passe par l'apprentissage chez David et Grosgogeat et non "David et Grosgeat" comme l'indiquent deux historiennes . il eut une bonne formation dans la taille de pierres précieuses, mais preferait la vente en bijouterie. 
1896 vit la fondation d'une société entre Alfred Van cleef et Salomon Arpels.( Le Pere d'Esther, et non son frère) C'est a ce moment (voir acte de mariage de Esther et Alfred)que  le père d'Alfred est déclaré bijoutier, mais en réalité , il est mort depuis 12 ans et sur son acte de décés  Nicois, il est indiqué "commerçant"
C'est  en 1895, le 9 juin, qu' Alfred épouse Esther Arpels,(qui ne s'est jamais appelée Estelle ) la fille de Salomon Arpels.


Ses deux frères, Salomon (qui ne s'appelait pas Charles) et Jules Arpels (qui ne s'appelait pas Julien ou Julian)  deviendront plus tard, après la mort de Salomon le père en 1903,les associés d'Alfred dans la Société.
Alfred et son beau père Salomon Arpels se sont installé au 34 rue Drouot.

Une petite anecdote au passage: au 34 rue Drouot de nos jours et depuis 1946 , il y a une maison très connue des grands professionnels de la Joaillerie, la Maison Grospiron. Le grand père René était venu du Jura en 1931 à Paris, il était lapidaire en pierres précieuses, son frère Jean était resté dans le Jura et Jean est le grand père d 'Edgar Grospiron le grand médaillé olympique.
Mais ce qui est intéressant c'est que les Grospiron, travaillent et fournissent toujours la Maison Van Cleef et Arpels et, il y a peu de temps avant de prendre ma retraite, c'était la dernière fois que je passais à leur bureau, non sans émotion quand on a fréquenté cette famille pendant plus de quarante ans et mon père avant moi. J'allais partir et arrive Claude Grospiron qui m'interpelle.
"Monsieur Richard, venez voir ce travail pour Van Cleef" et il me montre une monture de bague sur laquelle ils avaient réalisé un ajustage de calibrés saphirs pour un serti invisible. Pour ceux qui ne connaissent pas le serti invisible, regardez la photo sur le coté d'un élément de broche. Les pierres doivent être selectionnées, de grande qualité, de couleur semblable, (dur) puis des encoches sont faites sous les pierres , elles doivent glisser comme sur des rails, puis calibrées en rectifiant la taille pour venir se caler les unes à coté des autres pour réaliser une mosaïque sans une seule trace de monture ou de griffes. Seul le rang extérieur va être rabattu par le sertisseur pour tenir le tout. Il faut souvent plusieurs mois pour réaliser ces travaux , mais le résultat est époustouflant.


Louis Arpels le troisième frère les rejoint en 1912, la famille s'est installée au 22 place Vendome ou ils sont toujours, Salomon (qui n'est pas Charles) est un excellent vendeur, Jules (Julien ) aussi, Alfred en plus d' etre un excellent praticien de l'art Lapidaire est un administrateur avisé .
C'est cette équipe qui va transformer la maison en "grande Maison"

La guerre de 14 avait modifié le comportement des femmes et celles ci avaient beaucoup changé, Le couturier Poiret en 1920 avait libéré leur silhouette , et des Etats Unis nous étaient parvenus les "Vanity Case" ou les femmes rangeaient leur nécessaire à maquillage, des petits sacs qui, pour les plus riches étaient transformés en pendentif.
Aux environs de 1930, selon la légende,Salomon ou Louis Arpels avait remarqué que la femme du milliardaire Américain qui avait fait fortune dans les chemins de fer , Florence Jay Gould utilisait une boite en métal pour ranger ses produits et accessoires de beauté. C'était une longue boite de Lucky Strike en métal blanc, un peu comme sur la photo de Gauche
(Photo MPA collections) La couleur Blanche et le célèbre Logo n'apparaissent qu'en 1940, créés par un Français Raymond Loewy.
C'est en pensant qu'il était indigne d'une femme de qualité comme madame Gould de ranger ainsi ses accessoires qu'isl eurent l'idée de créer "la Minaudiere"
Il baptisèrent (parait- il) ce nouvel accessoire en l'honneur de la femme du fondateur Alfred Van Cleef "Esther Arpels" qui prenait des attitudes de minauderie pour se rendre plus séduisante ou mystérieuse.

C'était une boite en or à complications, sans aucunes charnières visibles, avec des fermoirs à déclic cachés, des petits compartiments pour recevoir un briquet, un poudrier, une glace, un face à main, un baton de rouge à lèvres, un petit peigne, ou tout autre accessoire féminin.
Les matières employées étaient nouvelles, telles que la laque, des incrustations de pierres et perles, des éléments qui pouvaient se détacher pour être portés en bijoux.
Chaque "Minaudière" était une pièce unique, sauf....sauf....
Une commande pour un émir de trente minaudières richement empierrées, mais rigoureusement semblables, pour que ses femmes ne soient pas jalouses l'une de l'autre