mardi 8 janvier 2013

La Manufacture Royale de Taille de Diamant à Paris (1779-1787) ou la volonté de doter la France d'un nouvel art sous Louis XVI

C'est une étonnante histoire  que j'ai découverte grace a un ami, avec ses voeux, il avait glissé dans une enveloppe le mémoire d'une jeune femme sur la courte existence d'une manufacture de diamant installée sous Louis XVI à l'intérieur de l'hôpital des "Quinze Vingts" à Paris. Mon ami et moi avons été intrigués puis séduits rapidement par le travail de Bleue Marine Massard. 


Hopital des quinze vingt: BNF cliché 1927 de Mr Meurisse

Bleue-Marine Massard, désirait présenter un mémoire de MasterII, et en cherchait le sujet, elle avait déja retracé la carrière de Pierre-André Jacqmin, joaillier de louis XV, quand Mme Michèle BIMBENET-PRIVAT, conservateur en chef du patrimoine au Musée du Louvre, lui proposa ce thème, qu'elle aurait aimé traiter elle même mais qu'elle lui confia.
 Mme Bimbenet Privat lorsqu'elle était conservateur aux archives nationales avait fait la découverte d'une liasse de papiers saisis (après faillite)  et ayant appartenu à un certain "Isaac Schabracq", entrepreneur de la Manufacture Royale de taille de diamants à l'hôpital des quinze vingts.

Les frères Schabracq étaient trois, Ezechiel, Isaac et Emmanuel, ils tenaient depuis de longues années une "manufacture très considérable" à Amsterdam, spécialisée dans la "taille, préparation, coupe, et commerce du diamant"
Bleue Marine Massard a fait un travail important et digne de considération, mais je me suis demandé comment nos trois "juifs Hollandais" étaient arrivés en France, je pense avoir un début d'explication:
Un certain Monsieur Lavie Homberg, armateur au Havre mourut en 1766, et sa veuve se retrouvait seule avec six enfants, l'une de ses filles, Hélène, épousa  
Jean Baptiste Oppenheimber du Havre qui était banquier et armateur , elle s'occupa de sa maman mais se préocupa aussi de ses frères cadets. A cette époque, les mariages étaient un peu arrangés.
Le mari d'hélene  avait un ami Hartog-Isaac-Lévy Schabracq riche armateur à Amsterdam époux de Caatje Cohen d'Amerfoort, l'une des plus anciennes familles juives des provinces unies.


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Port du Havre, fondé par François 1er  appelé Havre de Grace, un havre est un abri, les Hollandais étaient déjà présents car l embouchure de la Seine était un véritable marécage et les Hollandais vinrent assécher les marais, techniques qu'ils connaissaient parfaitement

Madame Anne Mézin dans son livre "Homberg du Havre de grace" nous révèle que   HARTOG ISAAC LEVY-SHABRACQ, maria sa fille Martine avec Samuel Marcus et il invita son ami Oppenheimber, et Hélène remarqua les dernières filles de la famille, de jolies blondes enjouées. L'Affaire ne trâina pas et en 1770 à Amsterdam en présence de la veuve Homberg qui accompagnait ses fils, Marie Anne Levy Schabracq devint madame Gerson Homberget et Judith devint madame Eliezer Homberg. Les deux jeunes ménages s'installèrent au Havre.

Une troisième soeur vint aussi s'installer au Havre en 1772 avec sa famille, Martine, l'épouse du Banquier Samuel Marcus qui en arrivant au Havre se fit appeler MARC .
Il est donc probable que leurs trois freres Ezechiel, Isaac, et Emmanuel, eurent suffisamment  de contacts en France pour envisager de s'y installer.

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Presque tout est résumé dans ces notes du livre de Pierre-Bruno-Jean de la Monneraye "Souvenirs de 1760 à 1791"
De nos jours une entreprise étrangère de taille de diamants s'installerait en France le problème serait d'ordre commercial mais non politique, or a cette époque c'était un problème politique.
Nous avions de grands joailliers avec une forte production de bijoux et nous dépendions pour les pierres précieuses des importations.
Les pierres précieuses provenaient d'Inde, longtemps le trait d'union entre l'orient et l Europe furent les marchands de Venise, les diamants étaient acheminés par voie terrestre jusqu'à Constantinople et Venise avait le monopole du diamant du XIIIè au XVème siecle,  puis Vasco de Gama en 1498   ouvre une ligne directe avec les Indes, petit à petit le Marché se déplace vers Lisbonne.


Atlas nautique portugais attribué à Lopo Homem donnant l'état des connaissances que l on avait de la péninsule arabique et de l'inde en 1519 au temps de Vasco de Gama.

Pendant près de 200 ans ce seront surtout les Anversois qui tailleront le diamant, avec des provenances diverses, Londres, Amsterdam et la compagnie Néerlandaise des indes et Lisbonne. N'est il pas significatif que François Premier....par exemple..se soit refusé de recourir aux tailleurs de diamants parisiens pour passer commande à Anvers? Dans l histoire il ne sera pas le seul!
Le XVIII eme siècle va changer la donne, le Brésil et l'Inde ayant en commun la présence portugaise, ce serait un certain Sebastino Leme Do Prado, ayant vécu aux indes qui aurait identifié les premiers diamants au Bresil en 1725.
Les pierres furent envoyées aussitôt à Anvers pour expertise et les terrains diamantifères furent déclarés propriété de la couronne  du Portugal qui envoya aussitôt des troupes pour garder ces territoires. Nous sommes en 1730 et les "laveurs de diamants" fondent une colonie de Téjuco, qui allait devenir un siècle plus tard Diamantina.
De très importants diamants furent découverts, en l'espace de cinq ans de 1730 à 1735 le marché du diamant explosa et son prix diminua des trois quarts.


Connaissances générales de l'époque,
 ce livre (collection personnelle) date de 1780

 Au brésil, pourquoi le Portugal plutôt que l'Espagne?
C'est parce que le Pape avait arbitré en 1493 le conflit qui opposait l'Espagne au Portugal dans la conquète du nouveau monde et délimité les zones dont chacune des deux grandes puissances chrétiennes pouvait se prévaloir, il avait ainsi par avance donné force de loi au décret du 8 fevrier 1730 qui fit de la couronne portugaise le propriétaire des mines de diamant au Brésil.
La Couronne et c'est important pour la suite, se réserva le monopole du transport, il fut interdit pour exporter des diamants en Europe d'utiliser d'autres navires que ceux du Roi.
En tout, dans cette aventure ce fut le souci de remplir les caisses de l'état portugais qui prévalut.
Lorsque les rentrées se furent révélées insuffisantes comparées à la quantité de diamants produite, et que de plus les prix du brut sur les marchés de Lisbonne, Amsterdam, Anvers et Londres furent tombés au quart de ce qui étaient pratiqués auparavant, on décida d'interdire les exploitations individuelles et en 1735 le gouvernement céda à de grandes entreprises le droit d'exploitation.
Comme je le signalais auparavant, les cours s'étaient effondrés, alors les portugais imaginèrent d'envoyer aux Indes une bonne partie des diamants brésiliens pour les mettre en vente à Goa, et ainsi les faire passer pour des pierres d'origine indienne. 
Ce n'était pas nouveau, ils avaient déjà fait le coup pour des émeraudes....


Connaissances générales de l'époque,
 ce livre  date de 1780 année de la manufacture

C'est dans ce contexte que les frères Schabracq arrivent à Paris.
Le commerce ne s'établit que de Roi à Roi, il se fait entre Lisbonne, Londres, Amsterdam, Paris est en dehors du marché alors qu'il a les meilleurs joailliers donc besoin de diamants

La France était-elle demandeuse, ou était-ce une idée des Schabracq, Bleue-Marine Massard nous précise que Schabracq offrit "de transporter sa manufacture afin de faire revivre en France une des branches les plus riches du commerce"
Mais on verra plus loin l'importance du Duc de Chartres qui apparemment lui demanda de venir en France.

D'un point de vue économique, faire venir les Schabracq permettait de fixer en France la taille du diamant et empêcher la fuite des capitaux à l'étranger estimée à une somme de deux millions par an.
Et cette dépense, mauvaise pour notre balance commerciale ne pouvait aller qu'en augmentant et puisque nous montions des bijoux pour le monde de l'époque, on aurait pu selon Schabracq faire une économie de 3 millions "année commune sans compter l avantage d'occuper un grand nombre de mains, et celui d'attirer les talents étrangers.
D'un point de vue social: Schabracq s'engageait a former des élèves Régnicoles (tous les habitants du royaume)
"Le suppliant a pris l'engagement de former 12 élèves de l hôpital des quinze vingts"


Connaissances générales de l'époque, 
ce livre (collection personnelle) date de 1780

Mais il assurait aussi pouvoir embaucher d'autres personnes car la manufacture emploierait "une grande quantité d'ouvriers de plusieurs espèces: des fendeurs, tailleurs et lapidaires qui occupent chacun deux journaliers"
Et de plus ces gens auraient le "mérite de faire vivre un nombre considérable d'indigents de la derniere classe" c'est à dire "les manoeuvriers et ainsi d'occuper et nourrir plus de 1000 ouvriers de la classe la plus souffrante  et la plus pauvre" autrement dit "Les aveugles, les impotents, les hommes qui n'ont qu'un bras, ceux a qui tout travail est impossible"
Schabracq assurait même "que c'est avec de pareils moyens que la Hollande a fait disparaitre le fléau de la mendicité"
Il est évident que l emplacement de la manufacture dans l'hôpital des Quinze-vingts ou les pensionnaires étaient aveugles n'était pas anodin.
Pour réussir ce projet , il lui fallait trouver de la main-d'oeuvre et des diamants de bonne qualité, pour cela il eut l'idée d'un projet très ambitieux établissant une collaboration directe avec le Portugal

Il lui fallait des "protections" importantes, l'objectif dans ce système pyramidal etant d'approcher le Roi qui est le principal décideur mais aussi le principal intéressé a cause des rentrées fiscales



 Ce seront: Le duc de Chartres, le lieutenant de police Lenoir, le Comte de Vergennes et Jean François Tolozan alors en charge de l administration de l hospice des Quinze-Vingts.





Le premier Bienfaiteur  fut le Duc de Chartres,lointain cousin du Roi Louis XVI et futur Philippe égalité, qui lors d'un voyage aux Pays bas visita la manufacture de Schabracq à Amsterdam, c'est lui qui constata l'importance économique de la maison et l engagea à transporter sa manufacture en France en l'assurant de sa protection. Dans un brouillon de mémoire adressé a son "Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc de Chartres (conservé au Archives nationales) Chabracq rappelle qu'"après avoir dû à la puissante protection de son altesse leur existence légale en France, obtinrent d'elle la permission d'élever leur manufacture de diamants sous son auguste nom"
Le lieutenant de Police Lenoir joua également un role majeur dans la fondation de la Manufacture Royale de taille de diamants et son influence fut certainement plus concrète et réguliere que celle du Duc de Chartres

Le Comte de Vergennes fut nommé par le Roi Louis XVI en 1774, Ministre des Affaires étrangères et a partir de 1781 secrétaire des finances, Schabracq lui demanda d'écrire en son nom et d'intervenir en sa faveur dans le projet de commerce de diamants avec le Portugal .

Jean François de Tolozan fut intendant du commerce en 1776 et chargé e la gestion de l hopital des Qinze Vingts en 1785.
Enfin  Bleue Marine Massard ajoute comme soutien, les gardes de la communauté des Orfèvres .
Logique, la Corporation était le mode d'organisation de la plupart des professions. Une corporation possédait ses propres règlements. Elles ont été interdites sous la Révolution, au motif que nul corps intermédiaire ne pouvait légitimement prétendre s'interposer entre le citoyen et la Nation. Dans le cas qui nous préoccupe  la corporation était intéressée au premier chef, bien que  Les principales manufactures ont été mises en place à la fin du XVII ème   sous Colbert. L'objectif de sa politique mercantiliste est de réduire l'attrait des rentes constituées et de la  préférence française pour la rente, pour orienter l'argent vers la production. C'était un moyen de casser les corporations.

Il fallait un statut à Schabracq, meilleur que celui d'étranger, il fallait le naturaliser, il obtient donc en 1780 des lettres de naturalité

(Une lettre de naturalité est, en droit sous l'Ancien Régime, une lettre patente par laquelle le roi admet un étranger au nombre de ses sujets. La succession des biens des étrangers ou aubains (d'un autre ban) situés sur le territoire du royaume, étaient considérés comme des épaves et revenaient à la couronne en vertu du droit d'aubaine. Le fait de ne plus être étranger, mais régnicole, et donc de pouvoir se prévaloir des dispositions successorales d'une coutume, permettait aux héritiers d'entrer en possession des biens.)
Elles permettaient à Schabracq , ses frères, famille et descendants de jouir des droits régnicoles.

LES EMPLACEMENTS DE LA MANUFACTURE
Avant l obtention de lettres patentes en juin 1780, Schabracq avait installé sa manufacture  "dans une maison louée par lui dans le grande rue du Roulle"


Une facture de quincailler précise que la Manufacture se trouvait "en face des écuries de Monsieur le Comte d'Artois" au coin de l'actuelle rue de Berri et du 178 rue du faubourg Saint Honoré
Le succès de l'entreprise dut être immédiat comme en témoigne une copie de mémoire retrouvé dans les correspondances diplomatiques entre la France et le Portugal, l'expediteur y explique que Schabracq l'a démarché pour établir en France le commerce du diamant mais que "peu au fait de ce commerce, j'y ai consenti, mais avec la restriction que nous commencerions par faire venir d'Amsterdam une partie des diamants bruts et trois ouvriers dont un tailleur get deux polisseurs. Cette première partie de diamants bruts totalement brillantée a été exposée en vente, achetée tout de suite par les joailliers de Paris qui les ont trouvés parfaits, et même a meilleur compte que ceux qu'ils vont acheter en Angleterre et en Hollande.....notre manufacture est montée de vingt ouvriers principaux, dont cinq tailleurs et quinze polisseurs.......nos diamants ne sont pas plutôt finis qu'ils sont vendus......."

L'activité augmente et Schabracq demande a jouir d'un emplacement royal privilégié, dans un premier temps on lui accorda une prime de 500 livres, mais pas de local.
Puis un logement au Louvre ...trop petit...il suggéra des edifices vacants, sans succès.

Ancien Hopital des Quinze-vingts





Finalement il obtint un "emplacement très étendu dans celui que contenait autrefois les écuries des Mousquetaires de Paris"
Ces  batiments avaient été rachetés en janvier 1780 pour servir de nouveaux locaux à l'hopital royal des Quinze-vingts jusque là installé faubourg saint honoré.
Schabracq prit possession des locaux 1885



Nouvel Hopital, le nom des Quinze Vingt  signifie 300 (15X20) pour les 300 lits que comptait l'hospice précédent.
C'est dans cet hopital que va s'installer la Manufacture de diamants.


L'Hopital remplaça la caserne des mousquetaires du Roi , pres de la rue de contrescarpe , si vous agrandissez l image , vous verrez la Bastille.

En agrandissant le plan de Paris de Jaillot datant de 1775, on distingue l'Hotel des Mousquetaires Noirs, la manufacture se trouvait dans la deuxieme partie de l hotel, les écuries dans la partie la pls basse de mon image.
 Le Cardinal de Rohan porta la capacité de l'hôpital des Quinze-vingts à 800 lits, la justification de cet emplacement fut très discutée et reprochée par les pensionnaires aveugles. De plus Tolozan n'avait pas accepté dans ses murs qu'une seule manufacture. Il y eut une manufacture d'ouvrages en acier avec 54 ouvriers plus d'autres ateliers.
L'installation de la manufacture de taille de diamants demanda une réorganisation des espaces pour les adapter aux besoins de la manufacture et entraîna une grande campagne de travaux.
Une aide financière fut accordée a Schabracq, 4500 livres payés par Mr de Tolozan, intendant du commerce, 4500 autres par messieurs les Grands Gardes de l Orfèvrerie sur un mandat de Mr Lenoir. Même l hopital contribua , ce qui témoigne de l enthousiasme de tous pour le succès de la Manufacture
Schabracq était logé dans les étages et ses ouvriers dans les étages et greniers
L'atelier, vu l'emprise des machines au sol devait être installé au rez de chaussée et peut être continué à l'entresol. L'intérieur de la Manufacture devait être assez grand puisqu'il est fait mention de 20 moulins ce qui laisse comprendre l'étendue.



Les moulins ce sont ces grandes roues  qui permettaient de faire tourner les meules de facettages.


Le diamant a d'abord été marqué, à l'encre de chine en vue du Clivage, le diamant est fendu ou de nos jours scié. Alors que le clivage se fait dans le sens du grain de la pierre, le sciage a lieu en sens contraire


Voici-dessus une table de diamantaire, celle ci sur la planche de Diderot et d'Alembert, est représentée avec 2 manchons permettant de tenir deux dops donc tailler deux diamants en même temps. Il est courant d'avoir quatre dops sur une meule.
Après l'ébrutage, c'est la pose des facettes.

Dans les papiers saisis suite à la faillite et au retour de Schabracq  aux Pays bas, des mémoires font état de "table des tailleurs", "moulins", manivelle", outil à diamant", "roue", fers pour servir de poids pour les diamants"," pinces pour tenir les diamants" "roue neuve avec sa manivelle", "roue de polissoir" .

La Manufacture occupait journellement 80 ouvriers , cette main d'oeuvre a été attirée et expatriée de Hollande et d'Angleterre à grands frais.

Schabracq a fait venir d'Amsterdam des lapidaires diamantaires "des plus expérimentés" la plupart sont juifs  , certains ne parlent pas français, ils "sont  presque tous farouches et difficile à contenir"
Schabracq écrit lui-même "quelques-uns, fiers de leur talent et certains de l'impossibilité que j'aurais à les remplacer peuvent vouloir faire les conditions les plus dures et même montrer de la répugnance à s'associer des élèves français"
 Il y a donc une difficulté a faire collaborer les lapidaires hollandais et les élèves français et pourtant Schabracq s'est engagé à enseigner, à former 12 freres et soeurs aveugles des 12/20 désignés par les gouverneurs de l hôpital, et ce au terme de son bail pendant six ans!
C'est assez classique, le partage de la connaissance n'est pas toujours facile en atelier, j'ai connu personnellement ce problème. Un métier en grande partie, cela se "vole" c'est à dire en observant les anciens dans un atelier. 

Bleue Marine Massard nous explique que les hollandais "sont réticents a enseigner leur art au risque de devenir de moins en moins indispensables", Trois siècles plus tard , il n'y avait rien de changé, j'ai fréquenté des ateliers ou nous étions payé "à la tache" ou à "la pièce" le plus rapide a qualité égale de travail,gagnait plus, alors pourquoi voulez vous que votre voisin vous enseigne les combines pour aller plus vite?


Alors Schabracq n'a qu'une solution, offrir des avantages, naturalisation, primes....
C'est apparemment une difficulté pour Schabracq, pratiquer une surenchère pour garder le personnel étranger, mais aussi sécuriser(déjà) les locaux contre les tentations de vol, maîtriser les rebellions!!!!
Puis apparait un certain manquement de loyauté de certains ouvriers, certains veulent s'installer à leur compte en débauchant des ouvriers en leur promettant un salaire plus important, d'autant que ces gens n'ont pas eu les frais d'installation de Schabracq.
Conséquence, l'investissement de formation d'une industrie nouvelle est perdue, donc perte d'argent et de rendement.

Ainsi en peu d'année, deux installations, une progression rapide sur ses fonds propres, mirent à mal Schabracq, car une manufacture royale se caractérisait par son appartenance à un particulier.
Schabracq fit appel à des " Capitalistes" c'est a dire à cette époque des gens ayant des capitaux.

Revenons au "Politique"

Pour tailler du diamant il est necessaire d'avoir la matière premiere qui n'existe pas en Europe.
Schabracq veut commercer avec une des nations qui possède du diamant sur leur territoire, il a choisi le Portugal.
"L'Angleterre et la Hollande sont les deux seules nations en possession du diamant brut. Les Anglais le tirent des Grandes Indes, les Hollandais du trésor Royal du Portugal......Le Roi du Portugal est seul possesseur de toutes les mines de diamants au Brésil.........il ne l'accorde qu'à des têtes couronnées et non à des particuliers"
Ce qui suppose beaucoup d'intermédiaires, un ambassadeur nommé Gildemeister va avoir un rôle privilégié de par sa fonction. Il correspondait avec toute l'Europe mais choisissait ses clients.


"je sais qu'il a constamment refusé de fournir des pierres brutes à  différentes cours.......il envoye des pierres en paquets de 400kts à son correspondant d'Amsterdam"
C'était un précurseur, car avant que la "De Beers" n'apparaisse,  ses clients étaient obligés d'accepter les diamants de Gildermeister, au risque de se faire rayer des listes et de ne plus avoir de matières première....(le système des VUES), et de plus il ne "veulent vendre aux étrangers que les diamants de qualité médiocre"
Or il a besoin pour fournir le corps des orfèvres parisiens de marchandises de qualité!
Il va donc remettre en marche tout le soutien des puissants français qui l'ont soutenu et demande au gouvernement français de réclamer au Portugal "un traitement de Couronne à Couronnes"
Il en remet une couche si je puis dire et defend son projet: "mettre le commerce de Paris en concurrence avec celui des autres nations en assurant qu'il ne tarderont pas à s'élever au dessus de toute parité, à raison du bon gout et du fini du travail dont l'univers vient prendre des leçons à Paris"



Il s'adjoint de nouvelles protections comme le Marquis Charles René De Bombelles, Ambassadeur du Roi du Portugal en 1786(son fils épousera en 1834 Marie Louise D'Autriche, la veuve de Napoleon
(J'avais fais une erreur de portrait, j ai rectifié, voir commentaires après l article)
Sans protections comment payer ses employés. Un autre ambassadeur , "Odune" intervint aussi pour lui auprès du fameux Gildemeister,(le ministre du commerce portugais) mais si celui ci acceptait d'envoyer quelques marchandises , c'était en secret et sous couvert d'anonymat.

L'echec de l'entreprise se confirmait dans ces tractations , et Bleue Marine Massard nous explique que Schabracq a du être trop ambitieux et trop exigeant car "il ne lui convint pas d'en donner la somme demandée" et ce comportement fut certainement mal pris par Gildemeister  qui vit dans ce projet trop de contraintes.
Finalement Schabracq  au milieu de l'année 1787 écrit au Comte de Vergennes,qu'il "n'a reçu aucune réponse et que cette négociation est restée sans succès"
Le Comte de Vergennes étant mort le 13 fevrier 1787, la date de sa lettre ne doit pas être bonne.
Pas de brut, c'est immobilité de la manufacture, chomage technique mais obligation de payer le personnel sur ses fonds personnels,Schabracq épuise sa fortune  et emporte ses créanciers dans sa chute.

Regnault de la Tour, avocat au parlement de Paris, un de ses soutiens, trouve les portes de la maufactures closes, s'inquiète de l'absence de Schabracq, et dépose plainte contre lui le 14 juillet 1787.
Evidemment, les soutiens suivent en ce sens, la France est endettée, dès 1781 Necker avait mis en garde le Roi et ses sujets , on ne pouvait plus dépenser inconsidérément; aider , soulager, recommander, certes, mais pas de manière onéreuse pour l'état.

Dans la matinée du 3 juillet 1787 Schabracq demande à son ouvrier LaRuelle d'aller lui chercher un fiacre , il déclare à ses ouvriers "je m'en vais à la campagne pour deux ou trois jours" il fit charger "un grand carton"  censé contenir des chiffons. Il confia à LaRuelle neuf francs pour régler les livraisons , lui laissa les clés des portes de l'atelier après avoir pris soin de fermer et recommanda a son élève de ne faire entrer personne. Il quitta le pays.



Puis vint la liquidation....

Bleue Marine Massard a tenté une conclusion ou elle explique que Schabracq fut d'une ambition exemplaire pour la conduite de son projet, mais il fut victime d'un projet trop précurseur qui cherchait à rivaliser avec les deux plus grands empires de la fin du XVIII eme siècle: l'Angleterre et le Portugal.
Bleue Marine Massard explique qu'il fut grisé par les résultats des premières années, aveuglé par des phases èphémères de prospérité il voulut certainement donner trop tôt à son entreprise  une extension qu'elle ne comportait pas encore. Il fut également victime dans les dernières années (juste avant 1789) d'un climat économique et politique défavorable. Le gouvernement avait d'autres chats a fouetter.

Il est vrai qu'en France depuis cette époque à nos jours, nous n'avons su mettre en valeur nos grandes idées ni les exploiter, nous n'avons pas de traditions de réussites économiques comme nos voisins Anglais ou Allemands.
Nos banquiers frileux n'ont jamais su suivre une bonne idée.
Nous aurions pu , peut être, devenir un centre de l'industrie du diamant, la joaillerie française et ses succès, jusque dans les années 40 n'en auraient été que la meilleure des vitrines, mais l'encadrement politique de notre commerce, la jalousie et la haine ancestrale du luxe de certains, la taxation imbécile, le découragement des valeurs du travail expliquent nos échecs. 

En aparté, plusieurs généalogies mèlent Schabracq, aux Polak (Arpels) et Van Cleef
le monde est petit

Concernant Le Marquis de Bombelles



Si vous avez des reflexions, les "commentaires" ci-dessous le permettent, si le mémoire de Bleue Marine Massard vous intéresse, je me ferais votre intermédiaire pour vous faire parvenir un exemplaire de ses 157 pages en format 21/29,7, c'est un ouvrage a garder dans sa bibliothèque.
Je la remercie a nouveau de m'avoir permis de commenter sa découverte.
Un developpement, des questions ..etc mon adresse mail
richardjeanjacques@wanadoo.fr


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